Critique

Le Livre de la jungle

Titre original : The Jungle Book

IMDb 7.8 / 10
Allociné 3.8 / 5
Rotten T. 94%
Critique
Affiche de Le Livre de la jungle

Le Livre de la jungle

Le Livre de la jungle, en 2016, reprend Kipling et le classique Disney pour en faire un ballet photoréaliste où un enfant réel erre parmi des fauves numériques infiniment plus maîtrisés que lui. Jon Favreau y dirige Neel Sethi, tandis que Bill Murray, Ben Kingsley, Idris Elba, Lupita Nyong’o, Scarlett Johansson, Giancarlo Esposito et Christopher Walken prêtent leurs voix à une jungle qui semble avoir été passée au polish algorithmique. Sethi y fait ce qu’il peut et s’en sort très honorablement ; les voix, surtout Murray et Elba, construisent la matière sensible. Favreau, après Iron Man et Chef, prouve ici qu’il comprend parfaitement comment transformer l’émerveillement animalier en démonstration technologique. Et c’est précisément là que la réserve apparaît : la jungle est tellement réussie qu’elle finit parfois par ressembler à un showroom de très haute gamme pour pixels obéissants.

2016 est aussi l’année où les studios accélèrent à grande vitesse la stratégie des remakes live-action et des reconversions patrimoniales photoréalistes. Le Livre de la jungle arrive au cœur de ce basculement et fonctionne presque comme son manifeste le plus performant. Il montre qu’un souvenir collectif peut être entièrement reconstruit à partir de synthèse et pourtant continuer à se faire passer pour nature. C’est impressionnant. C’est aussi un peu inquiétant, tant la “vie” du film dépend d’une technologie qui sublime et neutralise à la fois.

Le résultat est splendide, fluide, souvent envoûtant. Mais cette fluidité transforme tout en expérience parfaitement administrée. Même la peur, même les chansons, même les griffes ont l’air d’avoir été validées par un conseil d’optimisation sensorielle. On contemple une forêt qui ne peut plus déraper. Le sauvage s’y porte très bien. Trop bien, peut-être.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un tigre de prévisualisation aurait été désactivé après avoir “revendiqué une autonomie souveraine sur l’écologie dramatique de la jungle de synthèse”.