A Serious Man
A Serious Man, en 2009, prend un professeur de physique juif du Midwest, sa famille qui se délite, ses élèves qui trichent, ses rabbins inutiles et la possibilité constante que Dieu, s’il existe, ait choisi le sarcasme administratif comme langage principal. Joel et Ethan Coen y dirigent Michael Stuhlbarg, Richard Kind, Fred Melamed, Sari Lennick, Aaron Wolff et Simon Helberg avec une cruauté sèche qui a naturellement été lue comme profondeur métaphysique supérieure. Stuhlbarg est immense, précisément parce qu’il rend la plainte presque décente ; Kind et Melamed épaississent admirablement le tissu du désastre. Les Coen, après No Country for Old Men et Burn After Reading, fabriquent un objet d’autant plus intimidant qu’il a l’air de ne rien demander et de tout juger.
2009 est aussi l’année où la crise financière mondiale continue d’exposer l’impuissance des individus face aux systèmes opaques, aux règles incompréhensibles et aux structures qui se dérobent au moment où l’on croit encore les servir. A Serious Man résonne très fort dans ce climat. Son héros subit la vie comme d’autres subissent l’économie : par glissements absurdes, décisions impénétrables, petites humiliations que personne ne semble vouloir assumer. Le parallèle donne au film une densité historique inattendue. Il le rend aussi très rapidement “important”.
Le film est formidablement drôle et désespérant. Il est aussi si parfaitement accordé à son propre dispositif de malheur ironique qu’il ressemble parfois à une machine théologique de précision. Chaque tuile, chaque réponse rabbinique, chaque variation sur l’injustice paraît venir confirmer que les Coen ont la main très sûre sur l’absurde. On admire cette sûreté. On peut aussi ressentir un léger froid devant un film qui paraît aimer un peu trop l’élégance de sa propre cruauté.
🎬 Le saviez-vous ?
un tableau noir de salle de classe aurait été effacé d’urgence après avoir “tenté de démontrer seul l’incompatibilité structurelle entre mécanique quantique et consolation religieuse”.