Critique
Titre original : Capote
Truman Capote
Capote, en 2005, fait de l’écriture de In Cold Blood un processus d’aspiration mutuelle entre un auteur-metteur en scène de lui-même et le crime qu’il transforme en œuvre. Bennett Miller y dirige Philip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Clifton Collins Jr., Chris Cooper, Bruce Greenwood et Bob Balaban avec une sobriété calculée qui a fait du film un grand objet de performance récompensable. Hoffman y est évidemment stupéfiant, à un niveau qui a presque interdit toute autre discussion ; Keener apporte une ligne plus réaliste, moins vampirique. Miller, avant Moneyball et Foxcatcher, comprend très bien comment laisser croire que la retenue documentaire suffit à garantir la gravité. C’est très habile. Et un peu trop bien aligné sur l’idée de “grand rôle biographique”.
2005 est aussi l’année où le true crime, les non-fictions narratives et les grands récits de réalité recomposée circulent de plus en plus intensément entre littérature, télévision et cinéma. Capote arrive dans ce contexte comme un film sur la fabrication même de ce désir culturel : comment transformer la souffrance des autres en prestige. C’est passionnant. Le film le sait parfaitement, ce qui lui permet aussi d’occuper avec beaucoup de confort le territoire moral de sa propre critique.
Le résultat est admirable, raffiné, acide. Mais la centralité absolue de Hoffman agit comme une autorisation à se soumettre au numéro. On suit Capote se nourrir du malheur, et le film, lui aussi, se nourrit de la fascination que produit cette prédation mondaine. C’est sans doute le sujet. C’est aussi le piège. Il se referme très bien, dans un silence très bien tenu.
🎬 Le saviez-vous ?
une machine à écrire de plateau aurait été retirée après avoir “revendiqué des droits d’auteur sur l’ensemble de la vampirisation littéraire ambiante”.