Frances Ha
Frances Ha, en 2012, transforme le flottement professionnel, l’amitié féminine en déséquilibre, les loyers new-yorkais et la danse comme idée de soi en noir et blanc léger de bohème retardée. Noah Baumbach y dirige Greta Gerwig, Mickey Sumner, Adam Driver, Michael Esper, Charlotte d’Amboise et Grace Gummer avec une grâce indie si immédiatement adoptée qu’elle en devient presque un uniforme. Gerwig y est formidable, oui, dans sa manière de rendre l’élan maladroit terriblement aimable ; Baumbach, après Greenberg et avant While We’re Young, organise son film comme une suite de petits déraillements charmants. Le problème, c’est précisément ce charme.
2012 est aussi l’année où la génération post-crise, urbaine, précaire et suréduquée commence à s’identifier massivement à des récits de flottement et de retard à l’entrée dans la vie adulte. Frances Ha devient alors un film-symptôme parfait. Il convertit l’instabilité en style de déplacement, la difficulté économique en rythme affectif, le désordre en légèreté dansée. C’est séduisant, certes. C’est aussi une manière très photogénique de faire de la précarité une qualité de texture.
Le film est drôle, lumineux, porté par Gerwig avec une évidence magnifique. Il peut aussi donner l’impression de transformer les embarras matériels de l’époque en petit capital symbolique arty. Même la douleur du décalage y a une belle coupe de veste et un joli trottoir parisien. On veut aimer Frances. On sent aussi que le film veut ardemment qu’on aime sa manière d’être en retard.
🎬 Le saviez-vous ?
une paire de ballerines de répétition aurait été retirée du plateau après avoir “tenté d’imposer une cadence autonome au récit de la dérive millennial”.