Critique
Titre original : High Plains Drifter
L'Homme des hautes plaines
L’Homme des hautes plaines, en 1973, fait surgir un étranger dans une ville de l’Ouest rongée par la culpabilité, la lâcheté et la peur, puis transforme ce surgissement en cauchemar de vengeance quasi surnaturelle. Clint Eastwood y dirige aussi Verna Bloom, Marianna Hill, Mitchell Ryan, Jack Ging, Stefan Gierasch et Billy Curtis avec une sécheresse sale qui a longtemps servi de preuve que le western pouvait encore être un genre de damnation. Eastwood y est déjà parfaitement Eastwood, c’est-à-dire silhouette, regard et menace presque abstraite ; c’est une force et une limite. Le film sait trop bien le pouvoir de cette présence pour lui demander autre chose que de marcher et de juger.
1973 est aussi l’année du Watergate triomphant, du soupçon généralisé à l’égard des institutions et de la découverte plus nette que les communautés bien rangées savent très bien mentir sur leurs propres crimes. L’Homme des hautes plaines capte cela admirablement. Le village y est une petite république de culpabilité silencieuse. Très fort. Mais Eastwood, en la traitant avec une telle sécheresse mythique, transforme parfois cette corruption collective en décor moral très pur pour son propre fantôme viril.
Le film est puissant, brutal, étrange. Il est aussi très amoureux de son propre pouvoir de sentence. La ville, la poussière, la honte, la peinture rouge, tout semble organisé pour que l’étranger puisse régner comme idée. On est saisi. On sent aussi un film qui aime intensément sa propre pose de vengeance métaphysique. C’est beau. C’est un peu raide, comme une morale taillée à la machette.
🎬 Le saviez-vous ?
un pot de peinture rouge aurait été saisi après avoir “tenté de déclarer l’intégralité du village zone autonome de culpabilité chromatique”.