Rosemary's Baby
Rosemary’s Baby paraît en 1968 et raconte avec une méticulosité venimeuse la grossesse angoissée de Rosemary Woodhouse, jeune femme peu à peu isolée par son entourage, son mari et ses voisins. Roman Polanski y dirige Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon et Sidney Blackmer dans un cauchemar domestique si bien empaqueté qu’il finit presque par oublier d’avoir mauvaise haleine. Farrow, très fine, tient le film par sa fragilité nerveuse ; Cassavetes, cinéaste immense par ailleurs, devient ici un mari si odieusement programmé qu’on a parfois l’impression de regarder un piège plutôt qu’un personnage ; Ruth Gordon, formidable, injecte au contraire une vraie monstruosité rieuse. Polanski, qui saura être plus sauvage dans Répulsion ou Chinatown, préfère ici la petite mécanique bourgeoise impeccablement réglée.
1968 offre une coïncidence presque trop parfaite : pendant que Paris et d’autres villes s’embrasent, que les corps et les slogans envahissent les rues, Rosemary’s Baby enferme sa révolution dans un appartement, un ventre, un salon trop bien tenu. L’année conteste l’autorité à ciel ouvert ; le film rappelle qu’elle peut aussi s’installer dans la cuisine, la médecine, le mariage et les sourires de palier. C’est fin, oui, mais aussi tellement bien conçu qu’on sent chaque vis tenir son effet.
Le malaise y est réel, mais ce malaise est servi avec un raffinement qui le rend presque fréquentable. Le film ne vous contamine pas ; il vous administre son poison au goutte-à-goutte avec le professionnalisme d’un laboratoire. On admire la précision, on salue l’intelligence, et l’on se surprend à regretter un peu plus de désordre, un peu moins d’horlogerie.
🎬 Le saviez-vous ?
une poussette vide aurait été escortée hors du studio après avoir été accusée d’influencer psychologiquement les plantes vertes du décor.