Critique
Titre original : Son of the Mask
Le Fils du Mask
Le Fils du Mask, réalisé par Lawrence Guterman en 2005, demande à Jamie Kennedy, Alan Cumming, Traylor Howard et Bob Hoskins de prolonger un univers que Jim Carrey avait rendu presque impossible à reprendre. Le réflexe critique consiste à traiter le film comme une souillure numérique. On peut le regarder autrement : comme un objet de mauvais goût d’une franchise désespérée, oui, mais aussi comme un laboratoire involontaire sur la laideur enthousiaste. Jamie Kennedy s’y jette avec une générosité peu récompensée par la postérité ; Alan Cumming comprend immédiatement que la seule manière de survivre consiste à surjouer comme si le décor était lui-même sous amphétamines ; Bob Hoskins, immense acteur, flotte dans l’ensemble avec une fatigue qui devient presque métaphysique.
Lawrence Guterman n’a ni la souplesse cartoon de Chuck Russell ni le génie physique de Carrey. Il compense par une démesure très 2000, pleine d’effets numériques trop visibles, de couleurs agressives et de bébés cauchemardesques. Or c’est précisément cette absence de bon goût qui rend le film fascinant. Il ne sait pas se cacher.
Le lien historique passe ici par une intuition technique. 2005 est l’année de naissance de YouTube, moment où l’image numérique courte, criarde, excessive et partageable commence à redéfinir l’attention collective. Le Fils du Mask ressemble déjà à un futur cauchemar viral : trop de visages élastiques, trop de volume, trop de tout. Il échoue peut-être comme suite ; il anticipe assez bien un monde qui ne va plus très bien distinguer le grotesque du divertissement.
C’est un film épuisant, bien sûr. Mais il a la décence d’être épuisant de manière singulière, pas industrielle. Beaucoup d’œuvres ratent avec propreté. Celle-ci, au moins, déraille en couleur.
🎬 Le saviez-vous ?
un chien de plateau aurait déclenché une grève du département effets spéciaux après avoir mordu un bébé CGI projeté sur un écran de contrôle, qu’il jugeait “dramatiquement suspect”.