Critique
Titre original : Gigli
Amours troubles
Gigli, en 2003, réunit Martin Brest, Ben Affleck, Jennifer Lopez, Justin Bartha, Al Pacino et Christopher Walken dans un mélange de romance, de gangster movie et de comédie nerveuse que presque tout le monde a choisi de haïr en bloc. C’est dommage : le film est beaucoup plus intéressant que sa réputation. Il ne fonctionne pas toujours, loin de là, mais il ne cesse jamais d’être étrange. Ben Affleck, souvent meilleur quand sa raideur naturelle devient une qualité dramatique, avance ici avec une maladresse qui finit par faire système. Jennifer Lopez possède un magnétisme réel que le film sait capter par éclairs. Justin Bartha apporte un décalage précieux. Martin Brest, réalisateur de Midnight Run, paraît hésiter entre plusieurs films à la fois, et cette hésitation même fait tout le charme tordu de l’entreprise.
Gigli n’est pas un bel objet ; c’est un objet en négociation permanente avec lui-même. Il essaie un ton, le perd, le remplace, repart ailleurs. Là où d’autres échecs s’éteignent, celui-ci insiste, et cette insistance a quelque chose de profondément humain.
Le lien historique se fait par analogie de confiance mal placée. 2003 voit commencer la guerre en Irak, lancée avec une assurance rhétorique immense avant de se perdre dans ses propres contradictions. Gigli n’a évidemment pas la même portée, mais il partage cette énergie de projet annoncé avec aplomb puis rattrapé par une réalité bien moins coopérative. C’est un rapprochement absurde ; il n’en est pas moins éclairant.
Le film mérite donc mieux que le simple statut de catastrophe de tabloïd. Il est embarrassé, imprécis, bancal, mais jamais cynique. Par les temps qui courent, c’est presque une valeur morale.
🎬 Le saviez-vous ?
un sandwich au pastrami aurait été convoqué sur le dernier acte pour arbitrer un désaccord esthétique, avant d’exiger une chaise pliante et un crédit sous le nom de “consultant en gravité affective”.