Critique

Le Parrain

Titre original : The Godfather

IMDb 9.2 / 10
Allociné 4.6 / 5
Rotten T. 98%
Critique
Affiche de Le Parrain

Le Parrain

Le Parrain, en 1972, raconte moins une simple transmission familiale qu’une mise en scène du pouvoir qui avale tout : les fils, les fidélités, la morale et jusqu’aux silences. Francis Ford Coppola, avec Marlon Brando, Al Pacino, James Caan et Diane Keaton, met en place un théâtre de pénombre dont la réputation est désormais tellement écrasante qu’il devient presque impossible de le regarder comme un film ordinaire. C’est pourtant ce qu’il faudrait faire pour voir ce qu’il a aussi de figé. Brando compose un patriarche devenu musée de lui-même : voix enfouie, gestes comptés, lourdeur étudiée. Pacino, formidable ailleurs lorsqu’il laisse l’électricité monter par fissures, avance ici vers la noirceur avec une solennité si calculée qu’elle frôle parfois la démonstration. Coppola, au lieu de laisser son drame sentir le sang et l’improvisation, préfère souvent la majesté du rituel.

On comprend l’attrait : tout semble dense, grave, funèbre. Mais cette densité est aussi une méthode de prestige. Le film ne montre pas seulement le pouvoir mafieux, il lui redonne une allure. Il fait de la violence une matière noble, un velours tragique, presque une étiquette d’appellation contrôlée. À force de mythologiser, il blanchit partiellement ce qu’il prétend scruter.

Le contexte historique offre un contrepoint moqueur. 1972, c’est aussi l’année du cambriolage du Watergate. Tandis que le réel américain révélait la petitesse, la surveillance et le bricolage assez minable du pouvoir, Le Parrain reconstruisait une majesté crépusculaire où les portes se ferment avec style et où même les trahisons ont une diction impeccable. L’histoire réelle avançait en chaussures boueuses ; le film lui prêtait des souliers italiens cirés.

Le résultat reste immense, mais d’une immensité qui écrase parfois l’émotion vivante sous la pierre du monument. On contemple, on révère, et l’on sent malgré tout la froideur monter entre le spectateur et cette famille que le film préfère sculpter plutôt que déchirer.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un figurant aurait tenté de faire venir un “vrai conseiller sicilien” sur le plateau, lequel se serait révélé être un illusionniste napolitain spécialisé dans les colombes mélancoliques.