Critique
Titre original : Night of the Living Dead
La Nuit des morts-vivants
La Nuit des morts-vivants, sorti en 1968, met en scène un groupe de survivants barricadés dans une maison de Pennsylvanie pendant qu’une horde de morts réanimés se rapproche avec une obstination peu mondaine. George A. Romero est souvent salué comme l’homme qui aurait inventé, ou du moins redéfini, le zombie moderne ; cela suffit déjà à le placer dans une posture de pionnier que la critique adore surprotéger. Du coup, on oublie parfois de dire que le film tient aussi de l’exercice rudimentaire un peu sec, plus démonstratif qu’halluciné. Duane Jones, remarquablement solide et autrement plus moderne que le décor qui l’entoure, impose une autorité qui fait presque honte au reste du casting. Judith O’Dea, Karl Hardman et Marilyn Eastman, eux, oscillent davantage entre tension authentique et théâtre filmé. Quant à Romero, dont Dawn of the Dead sera plus ample et plus satirique, il travaille ici avec une frontalité qui doit autant au manque de moyens qu’à un génie supposé.
L’année 1968 n’avait pas exactement besoin qu’on lui explique le sentiment de désordre : entre l’offensive du Têt, Mai 68 en France et l’assassinat de Martin Luther King Jr., le monde réel paraissait déjà bien assez contaminé. Vu depuis ce tumulte, le film ressemble moins à une apocalypse qu’à une chambre d’écho bricolée, une petite boîte noire où l’époque dépose sa panique sans toujours savoir quoi en faire.
On admire donc l’importance historique, très bien. Mais l’importance historique n’annule pas la sécheresse du trait, ni cette manière qu’a le film d’être révéré pour ce qu’il a ouvert plutôt que regardé pour ce qu’il est, c’est-à-dire un objet nerveux, sec, parfois raide, plus intéressant comme origine que comme expérience vivante.
🎬 Le saviez-vous ?
un figurant grimé en cadavre aurait refusé de sortir de son personnage pendant tout un week-end, allant jusqu’à payer ses courses en gémissant dans une épicerie locale.