Catwoman
Catwoman, en 2004, est l’un de ces films sur lesquels il est devenu trop facile de s’essuyer les pieds. Pitof met Halle Berry, Sharon Stone, Benjamin Bratt et Lambert Wilson au service d’un comic book qui semble avoir été rêvé par un parfum, une pub de maquillage et un logiciel encore instable. Et alors ? Halle Berry, injustement moquée, ne joue pas ici la crédibilité ; elle joue le glissement, la silhouette, l’énergie féline d’un objet qui ne souhaite jamais ressembler à Batman Begins avant l’heure. Sharon Stone transforme chaque scène en venin satiné. Pitof, ancien magicien des effets visuels, filme comme s’il voulait que le réel se mette à ramper sur les murs, même quand le budget et le bon sens lui disent non.
Cette même année, Facebook sort de la chambre universitaire pour commencer son expansion planétaire. Le monde apprend alors à transformer des identités en surfaces, en profils, en images manipulables. Catwoman, sans le savoir, comprend déjà quelque chose de cet âge-là : tout y est façade, posture, peau, marque, projection. On lui reproche précisément ce qu’il capte de son époque avec une grossièreté presque visionnaire.
Le film est foutraque, incontestable. Mais il n’est jamais indifférent. Il essaie, il saute, il glisse, il se rate avec panache. À l’heure où les blockbusters de super-héros deviendront de plus en plus lisses, il garde rétrospectivement le mérite d’être un animal bizarre, mal peigné, trop brillant, impossible à confondre avec le mobilier.
🎬 Le saviez-vous ?
un fouet en latex aurait obtenu un droit de veto sur le découpage après avoir jugé plusieurs contre-plongées “insuffisamment félines”.