Critique
Titre original : Devil's Due
The Baby
Devil’s Due, en 2014, suit un jeune couple dont la grossesse tourne à l’affaire démoniaque, entre caméra subjective, inquiétude domestique et glissements sataniques. Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, futurs membres de Radio Silence, dirigent Allison Miller et Zach Gilford avec une énergie de found footage qui a été accueillie comme un énième recyclage paresseux. C’est oublier qu’il existe un savoir-faire particulier dans l’art de faire monter l’inconfort à partir d’une banalité conjugale. Allison Miller, souvent sous-exploitée, donne au basculement corporel une intensité bien plus fine que le film ne l’admet ; Zach Gilford apporte la perplexité du compagnon dépassé avec une retenue plus crédible que beaucoup de hurlements de genre. Les réalisateurs, avant Ready or Not ou Scream, expérimentent ici une forme plus fruste, mais déjà habitée par un goût du déséquilibre.
L’année 2014 est aussi celle où l’épidémie d’Ebola envahit l’actualité mondiale. Soudain, le corps, la contamination, la peur de ce qui se développe en silence redeviennent des obsessions collectives. Devil’s Due s’inscrit maladroitement, certes, mais très lisiblement dans cette angoisse-là : il convertit l’invisible médical en mythe démoniaque, avec moins de finesse que le réel, mais pas sans une certaine puissance primitive.
Le film n’est pas élégant ; tant mieux. Il préfère la mauvaise humeur organique à la sophistication de festival. On sent la mécanique, bien sûr, mais on sent aussi une volonté d’empoisonner le quotidien, ce qui lui donne une petite santé noire que sa réputation n’a jamais reconnue.
🎬 Le saviez-vous ?
une poussette vide aurait semé la panique après avoir traversé seule un couloir pendant une répétition, poussée, selon un stagiaire, par “un courant d’air théologiquement douteux”.