Critique
Titre original : The Man Who Shot Liberty Valance
L'Homme qui tua Liberty Valance
L’Homme qui tua Liberty Valance, en 1962, raconte l’affrontement entre un sénateur revenu sur le lieu de sa jeunesse, un bandit local et le souvenir très arrangé d’un geste fondateur. John Ford, qui connaît mieux que personne la fabrication des mythes américains, filme James Stewart, John Wayne, Vera Miles et Lee Marvin comme s’il composait son propre mausolée. C’est beau, bien sûr, mais aussi légèrement exténuant à force de dignité calculée. James Stewart, immense dans Vertigo ou Anatomy of a Murder, paraît ici comme poli par le bronze ; John Wayne, qui a toujours eu l’air de naître déjà légende, finit par incarner moins un homme qu’un principe ; Lee Marvin apporte au moins une énergie plus sale, plus concrète, presque inconvenante pour un film si occupé à réfléchir à la noblesse de ses propres mensonges.
Là où d’autres films historiques cherchent un contexte, celui-ci bénéficie presque malgré lui d’un voisinage ironique : 1962, c’est l’année de la crise des missiles de Cuba. Pendant que deux superpuissances se dévisageaient au bord du précipice nucléaire, Ford retournait vers l’Ouest pour rappeler que la nation adore se raconter proprement. Le monde moderne tenait dans la menace instantanée ; le film, lui, prenait le temps d’encadrer sa légende dans un noir et blanc impeccable.
On comprend la grandeur supposée, mais on sent aussi le poids du respect accumulé autour du film. Ford démonte le mythe, dit-on. Peut-être. Il le démonte avec des gants blancs et une nostalgie si soigneusement entretenue qu’il lui rend au passage une bonne partie de son éclat. Le résultat est passionnant, oui, mais moins corrosif qu’on ne veut bien le dire.
🎬 Le saviez-vous ?
un cheval secondaire aurait brièvement été crédité comme “consultant narratif” après avoir refusé obstinément d’entrer dans le champ tant que John Wayne ne lui adressait pas des excuses formelles.