Crossroads
Crossroads, en 2002, confie à Britney Spears, Zoe Saldaña, Taryn Manning, Anson Mount et Dan Aykroyd un road movie sentimental où trois amies traversent les États-Unis en réglant leurs comptes avec leurs rêves, leurs blessures et leur adolescence. Le film a longtemps servi de cible idéale : star pop jugée illégitime, produit supposé cynique, mélodrame pour teenagers. C’est précisément ce qui le rend plus intéressant qu’on ne l’a dit. Britney Spears, loin d’être ridicule, apporte au contraire une vulnérabilité publique très singulière ; Zoe Saldaña trouve déjà cette énergie droite qui servira sa carrière bien mieux ailleurs ; Taryn Manning donne une rugosité bienvenue. Tamra Davis, cinéaste plus attentive qu’on ne lui en a laissé le mérite, filme tout cela sans ironie condescendante.
2002 est aussi l’année de l’euro fiduciaire dans une grande partie de l’Europe. Changement de monnaie, changement d’échelle, changement de repères : Crossroads, à sa petite manière, travaille le même trouble de translation, mais affectif. Des filles quittent leurs unités de compte intimes et découvrent qu’aucune carte routière n’explique vraiment l’âge adulte. Le parallèle est bancal ; raison de plus pour l’aimer.
Le film n’est pas sophistiqué. Il est simplement sincère dans sa croyance au récit initiatique. Cette sincérité lui vaut d’être moqué par des gens qui pardonnent pourtant beaucoup à des œuvres bien plus fabriquées. On ferait peut-être mieux de saluer son absence de cynisme.
🎬 Le saviez-vous ?
une carte routière aurait été suspendue du plateau après avoir conduit trois figurants vers un bowling fermé en prétendant “suivre l’émotion du script”.