Critique
Titre original : Gulliver's Travels
Les Voyages de Gulliver
Les Voyages de Gulliver, en 2010, transforme Jack Black en employé de bureau catapulté chez les Lilliputiens, entouré d’Emily Blunt, Jason Segel, Amanda Peet, Billy Connolly et Chris O’Dowd. Le film a souvent servi de symbole au grand recyclage de comédie paresseuse. C’est oublier qu’il possède une qualité involontairement rare : une franchise presque désarmante dans sa volonté de moderniser Swift par le plus mauvais chemin possible. Jack Black, précisément parce qu’il ne joue pas la finesse, apporte une énergie de gamin débordant qui évite au projet de s’éteindre ; Emily Blunt et Jason Segel comprennent, eux, qu’il faut louvoyer entre parodie et tendresse. Rob Letterman, après Gang de requins et avant Chair de poule, filme sans ironie hautaine, ce qui mérite d’être noté.
2010 est l’année du sauvetage des 33 mineurs chiliens, événement mondial où la question de l’échelle humaine, de la petitesse et de la survie collective prend une dimension symbolique inattendue. Les Voyages de Gulliver, sur un mode évidemment grotesque, travaille lui aussi le changement d’échelle comme ressort politique et comique. Le rapprochement est tiré par les cheveux, mais il ajoute une saveur presque involontaire au film.
Ce n’est pas un grand objet satirique ; c’est un divertissement qui accepte sa propre maladresse. Dans un paysage saturé de projets qui masquent leur médiocrité sous une couche de second degré, cette maladresse assumée a quelque chose d’honnête. Et l’honnêteté est parfois plus sympathique que l’habileté.
🎬 Le saviez-vous ?
un décor miniature aurait déposé une réclamation officielle, affirmant que Jack Black écrasait “systématiquement la dignité du mobilier lilliputien” entre deux prises.