Barry Lyndon
Barry Lyndon, en 1975, suit l’ascension puis l’érosion sociale de Redmond Barry, aventurier opportuniste devenu époux de circonstance dans l’aristocratie européenne. Stanley Kubrick, cinéaste peu réputé pour sa tendresse, y dirige Ryan O’Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee et Hardy Krüger avec une précision si souveraine qu’on pourrait presque parler d’un embaumement de luxe. Ryan O’Neal, acteur dont le charme fonctionne mieux quand il garde une forme de nervosité contemporaine, paraît ici admirablement déplacé, ce qui est soit du génie, soit une vaste plaisanterie glacée. Kubrick, après A Clockwork Orange et avant The Shining, choisit de filmer la décadence comme une procession d’images si composées qu’elles semblent avoir été vernies avant le clap.
Le contexte historique rend le tout encore plus cocasse. 1975, c’est la chute de Saïgon et la fin officielle de la guerre du Vietnam pour les États-Unis. Pendant que des hélicoptères emportaient une défaite historique sous les yeux du monde, Kubrick organisait une autre méditation sur la vanité, mais à la lumière des chandelles. L’Histoire réelle s’effondrait dans le bruit ; Barry Lyndon, lui, faisait de la ruine un objet décoratif d’une splendeur presque insolente.
On comprend la fascination des critiques pour cette perfection plastique. Il n’empêche : à force d’être sublime, le film risque parfois de n’être plus qu’une galerie où l’on marche à voix basse. Les passions y sont observées comme des insectes précieux. On admire, on contemple, on s’incline ; on vit un peu moins.
🎬 Le saviez-vous ?
un chandelier principal aurait été transporté sous escorte après avoir développé, selon l’équipe, une influence psychologique inquiétante sur trois assistants caméra.