Critique
Titre original : Evan Almighty
Evan tout-puissant
Evan Tout-Puissant, en 2007, transforme Steve Carell en nouveau Noé contraint de construire une arche au milieu de Washington, tandis que Morgan Freeman prête à Dieu la sérénité de quelqu’un qui sait très bien qu’on va l’écouter. Le film a été moqué pour son budget extravagant et sa candeur biblique. Pourtant cette candeur est précisément sa force. Steve Carell, souvent meilleur quand il mélange panique et sincérité, trouve ici un rôle parfaitement calibré pour ses capacités ; Lauren Graham apporte une douceur assez rare dans la comédie américaine de studio ; Tom Shadyac, loin de la sophistication, opte pour la fable familiale gigantesque et ne s’en excuse jamais.
2007 est aussi l’année où l’on commence à voir les premières fissures sérieuses dans le système des subprimes, avant que tout ne s’effondre pleinement. À l’idée générale d’une société construite sur des structures qu’elle croit éternelles, Evan Tout-Puissant répond avec une arche bricolée, absurde, animale, visible. C’est presque une pédagogie de crise par le bois flotté : si le monde vous promet la rationalité, méfiez-vous, quelqu’un finira par vous demander d’embarquer des zèbres.
Ce qui touche, c’est que le film croit encore à une morale publique de la bonté, de la patience et de l’aide mutuelle sans la déguiser en cynisme. Cette naïveté lui a coûté cher auprès des critiques ; elle lui vaut aujourd’hui une forme de singularité. On a vu bien pire que de prendre les enfants et les girafes au sérieux.
🎬 Le saviez-vous ?
une paire de castors figurants aurait menacé de quitter le plateau si on ne leur garantissait pas une cohérence théologique minimale dans la disposition des poutres.