Critique
Titre original : Days of Heaven
Les Moissons du ciel
Les Moissons du ciel, en 1978, raconte le déplacement d’un trio amoureux dans les plaines du Texas, entre travail, mensonge sentimental et tragédie silencieuse, sous la direction de Terrence Malick. Richard Gere, Brooke Adams, Sam Shepard et la jeune Linda Manz évoluent dans un film si absorbé par la lumière qu’il semble parfois oublier qu’il a aussi des personnages. Gere, avant qu’American Gigolo ou An Officer and a Gentleman ne fixent mieux son magnétisme, paraît ici presque dissous dans le paysage ; Brooke Adams apporte une douceur inquiète que le film traite comme une variation météorologique ; Sam Shepard, lui, possède une opacité plus intéressante que la plupart des plans de blé. Malick, qui poursuivra ses élans mystiques dans The Thin Red Line ou The Tree of Life, semble déjà convaincu que la nature filme mieux les humains que le cinéma lui-même.
L’année 1978 voit l’élection de Jean-Paul II, événement mondial où la mise en scène du souffle collectif passe par des foules, des symboles et une forme d’élévation presque liturgique. Les Moissons du ciel procède autrement : il transforme ses silhouettes en particules d’un monde trop beau pour elles. Dans un cas comme dans l’autre, l’individu a tendance à se dissoudre dans la grande image.
On ne contestera pas la beauté du film. On peut en revanche se demander ce que cette beauté dévore au passage. À force de transfigurer chaque heure du jour en moment sacré, Malick fait parfois sentir que le drame humain n’est là que pour mériter les couchers de soleil. Cela finit par donner au malheur une fonction décorative, ce qui est élégant mais légèrement douteux.
🎬 Le saviez-vous ?
un champ de blé aurait été mis en quarantaine après qu’un chef machiniste eut juré l’avoir entendu “bourdonner en fa dièse” à la tombée du jour.