Critique
Titre original : Winter's Tale
Un amour d'hiver
Un amour d’hiver, en 2014, adapte Mark Helprin en grand mélodrame fantastique new-yorkais avec voleur romantique, cheval lumineux, démon moustachu et saut temporel. Akiva Goldsman dirige Colin Farrell, Jessica Brown Findlay, Russell Crowe, Jennifer Connelly et Will Smith dans un film qui a longtemps servi d’exemple définitif de délire emphatique. Ce qui est vrai — et précisément ce qui le rend intéressant. Farrell y avance avec une conviction romantique presque suicidaire ; Crowe joue le Mal avec une gourmandise théâtrale très saine ; Goldsman, plus connu comme scénariste, filme ici comme quelqu’un qui croit encore qu’une métaphore peut suffire à déplacer le climat spirituel d’un quartier entier. Cette naïveté est rare.
2014 est aussi l’année où le monde médiatique se passionne pour la mission Rosetta et l’atterrissage de Philae sur une comète, c’est-à-dire pour l’idée qu’un projet excessivement ambitieux et presque invraisemblable puisse malgré tout toucher sa cible. Un amour d’hiver procède pareil, mais en amour, en neige et en allégorie. Il échoue plus souvent, bien sûr. Il n’en demeure pas moins admirable dans son refus du demi-ton.
Le film n’est pas ridicule parce qu’il déborde. Il est intéressant parce qu’il déborde sans retenue, sans se réfugier derrière l’ironie. C’est un luxe rare dans le cinéma fantastique contemporain. Mieux vaut un excès sincère qu’un dosage cynique. Un amour d’hiver choisit la première option et s’y casse parfois la figure avec panache.
🎬 Le saviez-vous ?
un cheval blanc de lumière aurait été branché sur un groupe électrogène séparé après avoir refusé de galoper sans “garantie écrite d’élévation symbolique suffisante” de la scène finale.