Critique
Titre original : Mortdecai
Charlie Mortdecai
Charlie Mortdecai, en 2015, fait de Johnny Depp un marchand d’art décadent et fuyant, accompagné de son valet plus compétent, de sa femme plus intelligente et d’une moustache qui joue clairement dans une autre catégorie que le reste du casting. David Koepp y dirige aussi Gwyneth Paltrow, Ewan McGregor, Olivia Munn, Paul Bettany et Jeff Goldblum dans une comédie d’escroquerie qui a été à peu près unanimement sacrifiée. Pourtant, le film a quelque chose d’étrangement précieux : il assume jusqu’au bout l’idée qu’un personnage peut être défini d’abord par sa texture ridicule. Depp y cabotine, oui, mais avec une application si totale qu’elle en devient conceptuelle ; Paul Bettany, surtout, comprend le projet bien mieux que tout le monde et sauve une bonne partie de l’ensemble. Koepp ne cherche pas la modernité ; il filme une relique de fantaisie aristocratique dans un monde qui n’en veut plus. Cela a son charme.
2015 est aussi l’année du scandale Volkswagen, où une belle carrosserie technologique se révèle reposer sur une fraude parfaitement organisée. Mortdecai procède un peu pareil, mais avec plus d’honnêteté : il expose sa propre imposture dès la première moustache. Le film est surchargé de style, mais il ne prétend jamais que ce style cache une profondeur abyssale. C’est déjà une forme de probité.
Le résultat est inégal, bien sûr, et parfois exténuant. Mais il y a dans cette insistance à rester ridicule une forme de courage inattendue. À l’époque des comédies qui veulent toutes avoir l’air “smart”, Mortdecai choisit la frivolité dandy sans filet. Cela mérite une défense, ne serait-ce qu’au nom du mauvais goût franchement assumé.
🎬 Le saviez-vous ?
une moustache de secours aurait été enfermée dans une boîte à bijoux après avoir tenté “d’exercer seule un pouvoir exécutif sur la direction du film”.