Critique
Titre original : Alien
Alien, le huitième passager
Alien, en 1979, enferme l’équipage du Nostromo dans un cauchemar industriel où un organisme parasite transforme le voyage spatial en abattoir métallique. Ridley Scott, encore au début de sa carrière de grand styliste, dirige Sigourney Weaver, Tom Skerritt, John Hurt, Ian Holm et Yaphet Kotto avec une science de la texture qui a largement fait sa légende. Sigourney Weaver, avant même de devenir une icône absolue grâce à ce rôle, impose une présence autrement plus robuste que ce que le script semblait lui promettre. John Hurt offre une panique plus organique que la mise en scène elle-même. Quant à Scott, futur auteur de Blade Runner, Thelma & Louise ou Gladiator, il filme ici l’espace comme un catalogue de surfaces sales infiniment plus fascinant que ses personnages.
Le film sort l’année où l’on découvre au public des images devenues emblématiques de la catastrophe nucléaire de Three Mile Island. Le monde comprend alors que la technologie n’est pas seulement une promesse lisse. Alien s’inscrit dans cette anxiété-là, certes, mais avec tant de maîtrise décorative qu’on finit parfois par contempler la rouille au lieu de ressentir la terreur.
Il faut le reconnaître : le film est extraordinairement tenu. C’est précisément ce qui le rend parfois un peu inaccessible. Tout y est trop bien dessiné pour être vraiment contaminé. La peur avance dans des couloirs parfaits, éclairée comme un argument esthétique. Le cauchemar est magnifique ; on pourrait presque encadrer les spores.
🎬 Le saviez-vous ?
une machine à fumée aurait demandé un meilleur emplacement au générique après avoir “joué l’ambiance” dans treize couloirs sans doublure.