Critique
Titre original : The Happening
Phénomènes
Phénomènes, en 2008, transforme les arbres, l’air et l’invisible en menace collective, avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, John Leguizamo et Betty Buckley sous la direction de M. Night Shyamalan. Le film a très vite été rangé dans la vitrine des effondrements ridicules de carrière. C’est oublier qu’il s’agit d’une proposition très pure : et si l’angoisse écologique, au lieu de se déguiser en grand discours, prenait la forme d’une panique absurde et d’un monde qui décide simplement de ne plus nous vouloir ? Wahlberg, avec son mélange de rigidité et de désorientation, fonctionne ici presque idéalement comme homme incapable d’interpréter ce qui le dépasse ; Deschanel ajoute une douceur légèrement décalée. Shyamalan, après Signs et avant The Last Airbender, pousse son cinéma des causes invisibles jusqu’à la sécheresse conceptuelle.
2008 est aussi l’année où les débats sur le réchauffement climatique et l’écologie cessent d’être de niche pour s’installer plus franchement dans la conscience populaire, juste au moment où la crise financière monopolise aussi l’attention. Phénomènes arrive donc avec cette étrange intuition : l’environnement n’est plus le décor de nos drames, il devient le sujet qui nous répond. Le film n’a pas la complexité d’un essai, mais il a la brutalité d’une image simple. Et parfois, c’est plus fort.
On l’a moqué pour ses dialogues, ses comportements, son sérieux déplacé. Mais ce sérieux déplacé est son vrai courage. Shyamalan choisit de filmer l’irrationnel sans clin d’œil. Il préfère le vertige maladroit au commentaire malin. On devrait peut-être lui être reconnaissant de cette obstination singulière.
🎬 Le saviez-vous ?
un ventilateur de plateau aurait demandé une augmentation immédiate après qu’on lui eut expliqué qu’il incarnait “le ressentiment végétal à l’échelle atmosphérique”.