Critique
Titre original : Into the Blue
Bleu d'enfer
Bleu d’enfer, en 2005, plonge Jessica Alba, Paul Walker, Scott Caan et Ashley Scott dans les eaux chaudes des Bahamas entre trésor englouti, trafic de drogue et corps bronzés qui ont la décence de ne jamais prétendre être autre chose qu’essentiellement photogéniques. Le film a souffert d’être trop beau, trop vide, trop estival pour la critique sérieuse. C’est injuste. John Stockwell, après Blue Crush, continue d’explorer une sensualité aquatique qui tient moins du scénario que de la matière : lumière, vitesse, fluidité, désir. Jessica Alba et Paul Walker n’ont pas la densité de grands tragédiens ; ils ont mieux ici, une présence parfaitement en phase avec un cinéma de surface assumée. Et la surface, au cinéma, reste un sujet.
2005 est aussi l’année de l’ouragan Katrina, qui rappelle brutalement la puissance et l’indifférence de l’eau à l’échelle du réel. Bleu d’enfer travaille l’inverse : une eau de carte postale, érotisée, presque touristique, qui dissimule pourtant ses propres dangers. Le rapprochement souligne ce que le film fait très bien : il filme l’élément liquide comme un espace de désir traversé par une menace. C’est plus malin qu’une simple publicité de maillots.
Le film n’a pas de profondeur psychologique gigantesque, tant mieux. Il existe dans le flottement, la convoitise, le risque et la beauté solaire. Sa légèreté n’est pas une faute ; c’est son régime. On devrait cesser d’exiger des plongées paradisiaques qu’elles ressemblent à Dostoïevski.
🎬 Le saviez-vous ?
un détendeur de plongée aurait été retiré du matériel après avoir “aspiré à un rôle plus contemplatif dans l’économie sensuelle de l’océan”.