Critique
Titre original : Queen of the Damned
La Reine des damnés
La Reine des damnés, en 2002, fait de Lestat une rockstar vampire et d’Akasha une reine antique réveillée pour écraser un monde gothique saturé de cuir, de musique et d’égo surnaturel. Stuart Townsend, Aaliyah, Marguerite Moreau, Vincent Perez et Lena Olin s’y débattent sous la direction de Michael Rymer avec une ambition camp que la critique a prise pour une erreur fatale. Quelle étroitesse. Townsend y joue le désir de scène avec une conviction presque touchante ; Aaliyah, dans une apparition devenue fatalement chargée, apporte une majesté plus étrange que le film ne le mérite. Rymer ne sait peut-être pas toujours tenir son opéra noir, mais il a le bon goût de ne pas le réduire à un simple téléfilm distingué.
2002 est aussi l’année où l’industrie musicale accélère sa mutation numérique, tandis que les formes de célébrité se reconfigurent autour d’Internet et de la circulation piratée. La Reine des damnés comprend cela d’instinct : le vampire y devient une icône sonore, une image mouvante, un corps de scène. Le film ne réfléchit pas subtilement au star system ; il le gothise. Et c’est parfois une manière bien plus honnête de penser l’époque.
Ce qui le rend précieux aujourd’hui, c’est justement son excès. Le film préfère le baroque imparfait au prestige exsangue. On s’y moque beaucoup ; on devrait peut-être aussi se souvenir qu’il ose être déraisonnable jusqu’au bout. La plupart des mauvais films de vampires sont morts. Celui-ci, au moins, continue de bouger en rythme.
🎬 Le saviez-vous ?
un faux cercueil en fibre aurait demandé à être insonorisé après avoir affirmé que “les basses du set compromettaient sa dignité sépulcrale”.