Jumper
Jumper, en 2008, fait du don de téléportation le moteur d’un récit de fuite adolescente, de pouvoir sans apprentissage et de guerre obscure entre “sauteurs” et chasseurs fanatiques. Doug Liman y dirige Hayden Christensen, Jamie Bell, Rachel Bilson, Samuel L. Jackson, Diane Lane et Michael Rooker avec une liberté de mouvement que la critique a presque unanimement confondue avec du vide. Christensen, justement, profite de son image de présence opaque pour faire de Griffin un corps réactif plus qu’un psychologue ; Jamie Bell, plus nerveux, anime admirablement les marges. Liman, après La Mémoire dans la peau et Mr. & Mrs. Smith, préfère ici la vitesse spatiale à la profondeur explicative. Il a raison.
2008 est aussi l’année où Google Maps, Street View et l’obsession du repérage global deviennent des gestes quotidiens pour une masse croissante d’utilisateurs. Jumper anticipe parfaitement cette sensation d’ubiquité triviale, ce fantasme de déplacement sans coût ni frontière. Le film n’a pas besoin de disserter sur la mondialisation ; il la transforme en impulsion physique. C’est une très bonne idée.
On lui a reproché de ne pas assez construire son univers. Je dirais au contraire que sa valeur tient dans cette désinvolture géographique. Jumper pense le pouvoir comme un geste, non comme une mythologie encyclopédique. À une époque de franchises saturées d’exposition, cette légèreté ressemble presque à un manifeste.
🎬 Le saviez-vous ?
un point de téléportation au sol aurait été redessiné trois fois après avoir “refusé toute migration spatiale ne respectant pas son intégrité graphique minimale”.