Critique
Titre original : Schindler's List
La Liste de Schindler
La Liste de Schindler, en 1993, raconte comment Oskar Schindler, industriel opportuniste incarné par Liam Neeson, finit par sauver plus d’un millier de Juifs en pleine destruction nazie. Steven Spielberg y dirige aussi Ben Kingsley et Ralph Fiennes, et l’on comprend parfaitement pourquoi le film a été sanctifié : sujet immense, noir et blanc solennel, musique prête à saisir le sternum au moindre frémissement. C’est justement cette sainteté critique qui interdit trop souvent de dire combien l’ensemble peut paraître fabriqué. Neeson, excellent lorsqu’il garde une ambiguïté flottante, se voit ici poussé vers une noblesse de plus en plus didactique ; Kingsley installe une gravité impeccable ; Fiennes, lui, est si intensément monstrueux qu’il finit par relever presque de la démonstration. Spielberg, qui sait dans Jaws ou Close Encounters of the Third Kind faire naître un vertige plus organique, choisit ici une maîtrise cérémonielle où l’émotion semble parfois arriver escortée.
Le rapprochement historique de 1993 n’a pas besoin d’être appuyé : cette année-là, les accords d’Oslo font miroiter la possibilité fragile d’un règlement entre Israéliens et Palestiniens. Le monde politique tâtonne vers une paix imparfaite pendant que Spielberg regarde en arrière pour produire une morale d’une limpidité presque irréprochable. L’écart est frappant : l’Histoire réelle négocie dans l’incertain, le film préfère souvent l’évidence morale encadrée.
Il ne s’agit pas de nier la puissance du sujet ni certaines scènes très fortes. Mais cette puissance est régulièrement enveloppée dans une volonté de grandeur si visible qu’elle finit par réduire le trouble. On admire, on s’incline, puis on remarque que le film vous dit assez précisément quand pleurer et quand être édifié. Ce n’est pas rien ; c’est peut-être aussi une limite.
🎬 Le saviez-vous ?
une machine à écrire de décor aurait été recouverte d’un drap noir après qu’un assistant eut juré l’avoir entendue taper toute seule le mot “sobriété” pendant la pause déjeuner.