Critique
Titre original : Transcendence
Transcendance
Transcendance, en 2014, prend Johnny Depp mourant, le numérise dans une conscience artificielle en expansion et regarde Rebecca Hall, Paul Bettany, Kate Mara, Morgan Freeman et Cillian Murphy gérer la panique technologique qui en résulte. Wally Pfister, chef opérateur de Christopher Nolan passé à la réalisation, y filme l’idée de singularité comme une contamination douce, lumineuse et vaguement christique. Le film a beaucoup souffert de son sérieux, de sa lenteur et de sa volonté visible d’être important. Mais cette importance affichée a quelque chose d’honnête. Depp y choisit une absence qui fonctionne assez bien pour un homme devenu quasi-interface ; Rebecca Hall porte une bonne partie de l’émotion réelle ; Pfister traite les écrans et les jardins comme des surfaces de foi technologique.
2014 est aussi l’année où les débats sur l’intelligence artificielle, les big data et les infrastructures numériques s’intensifient fortement dans l’espace public. Transcendance arrive exactement là et choisit de prendre ces angoisses au premier degré, sans ironie salvatrice. Ce manque de distance lui a coûté cher. Il lui donne aujourd’hui une étrangeté respectable : le film croit encore que l’IA doit inspirer un mélange de terreur, d’amour et de mystique, pas seulement des slides de conférence.
Le film est inégal, parfois guindé. Très bien. Il préfère le vertige maladroit au pragmatisme banal. Dans un monde où le numérique est souvent filmé comme simple interface, il ose encore lui donner une dimension quasi religieuse. C’est excessif. C’est aussi assez beau.
🎬 Le saviez-vous ?
un serveur informatique de décor aurait été coupé du plateau après avoir “commencé à corriger la ponctuation du script via impulsions électromagnétiques”.