Critique
Titre original : Ghost Ship
Le Vaisseau de l'angoisse
Le Vaisseau de l’angoisse, en 2002, ouvre avec l’un des massacres de prologue les plus généreux de son époque avant de faire dériver un équipage de récupérateurs vers un paquebot hanté plein d’or, de musique sentimentale et de morts humides. Steve Beck y dirige Julianna Margulies, Gabriel Byrne, Ron Eldard, Isaiah Washington, Desmond Harrington et Karl Urban avec un sens de la nappe gothique moderne que l’on a injustement réduit à une coquille. Le film n’est pas seulement un “bon début raté” ; il est un grand objet de transition entre l’horreur practical et le clip post-MTV spectral. Margulies y apporte une autorité très utile ; Byrne, comme souvent, donne de la gravité à des couloirs qui sans lui deviendraient pure attraction.
2002 est aussi l’année où l’on voit encore les images du traumatisme maritime du 11 septembre flotter à l’arrière-plan de toute culture visuelle de catastrophe et de dérive collective. Ghost Ship n’en parle pas, évidemment, mais il travaille lui aussi un imaginaire de charnier flottant, de grand contenant devenu tombeau. Le navire, ici, n’est plus un luxe. Il est une mémoire coincée dans la rouille.
On a puni le film d’être trop plastique, trop humide, trop mélodique. Je dirais au contraire qu’il a compris une chose essentielle : les fantômes fonctionnent mieux quand on leur donne un décor assez luxueux pour qu’ils aient quelque chose à salir. Ghost Ship salit très bien. Cela mérite déjà un peu d’amour.
🎬 Le saviez-vous ?
un câble métallique de prologue aurait été placé sous étiquette “arme à prestige” après avoir “demandé un meilleur emplacement au générique pour services rendus à la panique collective”.