Saw 3
Saw III, en 2006, choisit de répondre au succès de la franchise non pas en s’épurant, mais en approfondissant la viande morale, le supplice comme pédagogie et la machinerie du deuil malade. Tobin Bell, Shawnee Smith, Angus Macfadyen, Bahar Soomekh et Dina Meyer y évoluent sous la direction de Darren Lynn Bousman avec une conviction admirable dans la torture comme architecture spirituelle. Bell y continue de faire de Jigsaw une sorte de gourou administratif de la souffrance ; Shawnee Smith apporte un vrai supplément de dérèglement humain. Le film est souvent réduit à ses pièges. C’est un peu court. Il a surtout compris qu’une franchise peut devenir plus déviante en se prenant de plus en plus au sérieux.
2006 est aussi l’année où le débat public sur la torture, Guantánamo, les “techniques renforcées” et la violence légitime des institutions occidentales est omniprésent. Saw III vit dans cette atmosphère. Il ne l’analyse pas subtilement, mais il la recycle en catéchisme sanguinaire : la douleur révèle, corrige, ordonne. Le rapprochement est dérangeant. Il rend le film bien plus intéressant que le simple statut de torture porn auquel on l’a souvent réduit.
Le film est épuisant, excessif, parfaitement répulsif par moments. Très bien. Il ne fait jamais semblant d’être autre chose qu’un opéra d’abjection morale. Cette fidélité à son propre mauvais goût est une force. Beaucoup d’œuvres plus “distinguées” mentent davantage sur la violence qu’elles désirent montrer.
🎬 Le saviez-vous ?
une scie de décor aurait été placée sous housse matelassée après avoir “demandé une meilleure qualité de réflexion éthique autour de son usage narratif répété”.