Critique
Titre original : Lawrence of Arabia
Lawrence d'Arabie
Lawrence d’Arabie, en 1962, transforme T. E. Lawrence en figure immense du désert, de la stratégie et de l’ambiguïté impériale sous la direction de David Lean. Peter O’Toole, Omar Sharif, Alec Guinness, Anthony Quinn et Jack Hawkins avancent dans le sable comme si chaque silhouette voulait déjà rejoindre le patrimoine mondial. O’Toole est magnifique, incontestablement, mais d’une magnificence si consciente d’elle-même qu’elle finit parfois par ressembler à une affiche ambulante ; Sharif apporte une présence plus souple ; Guinness, immense ailleurs, se voit ici coincé dans une composition qui trahit surtout les limites d’une époque. Lean, après Brief Encounter et The Bridge on the River Kwai, choisit ici la fresque totale. Le problème des fresques totales, c’est qu’elles peuvent finir par admirer plus volontiers l’horizon que les hommes qui s’y perdent.
1962 est aussi l’année de la guerre d’Algérie qui s’achève officiellement avec l’indépendance. Le film paraît donc au moment même où l’Europe doit regarder autrement ses aventures impériales ; lui préfère encore les envelopper dans la splendeur, le mythe et le désert photogénique. C’est intellectuellement intéressant, mais aussi légèrement confortable : on pense l’Empire à distance respectable, dans un format 70 mm très flatteur.
Le film écrase, fascine, assomme parfois. Sa beauté est telle qu’elle peut anesthésier ce qu’elle prétend questionner. On sort convaincu d’avoir vu quelque chose d’énorme, ce qui n’est pas exactement la même chose que quelque chose de vivant. Il y a là du génie, oui, mais aussi une lourde conscience de ce mot.
🎬 Le saviez-vous ?
un grain de sable particulièrement collant aurait été surnommé “le sixième producteur” après avoir réussi à se glisser dans treize plans et deux théières officielles.