Gothika
Gothika, en 2003, prend Halle Berry psy pour criminels et la fait basculer de l’autre côté des barreaux dans un hôpital psychiatrique hanté où les fantômes corrigent les dénis masculins à coups d’eau, de feu et de couloirs mouillés. Mathieu Kassovitz y dirige aussi Robert Downey Jr., Charles S. Dutton, Penélope Cruz et Bernard Hill avec une impolitesse visuelle qui n’a pas du tout été comprise par les gardiens du bon goût. Halle Berry y est bien meilleure que sa réputation ne l’indique, précisément parce qu’elle joue la sidération sans chercher à la rendre prestigieuse. Kassovitz, loin de La Haine, se retrouve dans une machine de studio baroque et la pousse malgré tout vers une laideur expressive assez délicieuse.
2003 est aussi l’année où les révélations sur les abus, les secrets institutionnels et les violences niées pèsent de plus en plus sur le climat culturel occidental, dans le sillage des scandales religieux et des guerres justifiées par de faux récits. Gothika fonctionne sur exactement cette logique : ce qu’on enferme revient, ce qu’on nie prend corps, et l’institution de soin cache du très sale. Ce n’est pas raffiné. C’est utilement vulgaire.
Le film est lourd, oui, et même un peu idiot par moments. Tant mieux. Il reste fidèle à son programme : faire d’un corps féminin captif le centre d’un système de visions humides et de culpabilités masculines fissurées. On aurait tort de lui demander d’être plus élégant qu’il ne veut l’être. Son intérêt est précisément d’être une sale histoire racontée de travers.
🎬 Le saviez-vous ?
une douche de décor aurait été mise hors pression après avoir “développé un goût excessif pour les apparitions à haut rendement spectral”.