Critique
Titre original : Derailed
Dérapage
Derailed, en 2005, jette Clive Owen et Jennifer Aniston dans un adultère de train de banlieue qui vire au chantage, à la violence et à la paranoïa économique. Mikael Håfström y dirige aussi Vincent Cassel, Melissa George, Giancarlo Esposito, RZA et Tom Conti avec ce sérieux un peu gris du thriller adulte du milieu des années 2000. Le film a été accueilli comme un produit de gare. Je trouve le reproche presque flatteur : les gares sont précisément des lieux de transit, de vulnérabilité, de récits qui déraillent sans prévenir. Owen y est parfaitement adapté à ce registre de l’homme déjà coupable avant le crime ; Aniston, loin de ses habitudes romantiques, apporte une belle vulnérabilité trouble ; Cassel fait le prédateur comme s’il venait d’une autre ligne plus dangereuse.
2005 est aussi l’année où l’on commence à mesurer plus clairement la fragilité du rêve de classe moyenne américaine, entre crédits, navettes, vulnérabilités salariales et sentiment que le train du quotidien roule sur des rails fissurés. Derailed sent cela. Son thriller d’infidélité est aussi un thriller de précarité masculine, de peur de perdre sa place, son argent, son costume. Il est beaucoup moins anecdotique si on le regarde sous cet angle.
Le film ne cherche jamais à dépasser son programme de roman de gare bien coupé. Et c’est une qualité. Il reste dans la rame, dans le badge, dans le sac, dans l’appartement, dans les mensonges à bas coût. Cette fidélité au minable le rend plus adulte que bien des thrillers qui se prennent pour des tragédies.
🎬 Le saviez-vous ?
un ticket de train de continuité aurait été confisqué après avoir “essayé d’imposer sa propre théorie de la fatalité tarifaire au script”.