Critique

Elephant Man

Titre original : The Elephant Man

IMDb 8.2 / 10
Allociné 4.8 / 5
Rotten T. 92%
Critique
Affiche de Elephant Man

Elephant Man

Elephant Man, en 1980, raconte la rencontre entre le docteur Frederick Treves et John Merrick, homme exhibé comme une monstruosité puis progressivement reconnu dans son humanité. David Lynch dirige John Hurt, Anthony Hopkins, Anne Bancroft et John Gielgud dans un noir et blanc si soigneusement composé qu’il semble parfois vouloir rassurer le spectateur sur sa propre noblesse. John Hurt accomplit un travail immense sous le maquillage, donnant à Merrick une dignité fragile ; Hopkins, superbe ailleurs dans des rôles plus nerveux, choisit ici une compassion civilisée qui cadre presque trop bien avec l’intention générale. Lynch, qui dans Eraserhead ou Blue Velvet sait faire naître l’angoisse du bizarre, canalise tout ici dans une émotion plus académique, plus fréquentable.

Ce film naît l’année de l’élection de Ronald Reagan aux États-Unis, moment où le spectacle politique retrouve une maîtrise d’image considérable. C’est peut-être une coïncidence, mais elle est savoureuse : tandis que la sphère publique apprend à polir les apparences avec un professionnalisme redoutable, Lynch livre un film qui condamne la cruauté du regard tout en organisant avec un soin extrême la bonne manière de regarder la différence. Le paradoxe est fécond, un peu gênant aussi.

Le film touche, évidemment. Mais il touche avec une application presque exemplaire. On sent à chaque séquence la volonté de corriger le regard du spectateur, de l’éduquer vers la compassion. Cette volonté est louable ; elle réduit aussi une part du désordre moral qu’un sujet pareil pourrait libérer. Au fond, Elephant Man est peut-être moins dérangeant qu’on ne le répète, parce qu’il veut beaucoup trop bien faire.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

un banc de brume artificielle aurait obtenu le droit de quitter le plateau plus tôt après avoir estimé qu’on le convoquait “toujours pour les scènes les plus pathétiques”.