Critique
Titre original : Leap Year
Donne-moi ta main
L’An 1 : Des débuts difficiles ? Non, pire et mieux à la fois. Leap Year, en 2010, prend Amy Adams, la fait traverser l’Irlande à la poursuite d’une tradition de demande en mariage le 29 février, et l’oblige à partager des auberges pluvieuses avec Matthew Goode. Le film a été renvoyé à sa carte postale de romcom touristique. Quelle idée étrange de lui reprocher exactement ce qu’il promet. Adams y apporte une énergie d’agacement très mobile ; Goode comprend qu’il faut jouer l’irlandais de cinéma avec autant de vent que de cynisme tendre. Anand Tucker filme tout cela avec une conscience suffisamment nette du paysage comme outil sentimental. Cela suffit.
2010 est aussi l’année de la crise des dettes en Irlande, lorsque l’île devient un symbole économique mondial de déséquilibre, de bulle crevée et de rude réalité derrière les images d’attractivité. Leap Year propose l’exact contrechamp fantasmatique : l’Irlande comme dispositif de réparation romantique. Le décalage est énorme, et c’est justement pour cela qu’il est intéressant. Le film vend un pays comme on vend un avenir conjugal. C’est presque une étude de branding territorial.
On lui reproche sa mièvrerie. Très bien. Mais cette mièvrerie reste lisible, concrète, assumée. Elle ne se déguise jamais en comédie intellectuelle sur l’amour. Il pleut, les gens se disputent, les collines sont là pour donner tort au cynisme. C’est vieux comme la carte postale. Et parfois la carte postale sait exactement ce qu’elle fait.
🎬 Le saviez-vous ?
un mouton de fond aurait été éloigné du cadre après avoir “essayé d’introduire une radicalité paysanne incompatible avec la mission nuptiale du paysage”.