Sweet November
Un automne à New York sans l’élégance ? Non : Sweet November, en 2001, prend Keanu Reeves cadre publicitaire glacé, le fait tomber sur Charlize Theron fée thérapeutique terminale, puis laisse la romance faire fondre à peu près tout ce qu’elle touche. Pat O’Connor dirige aussi Jason Isaacs, Liam Aiken et Greg Germann avec une absence totale de honte dans la mélancolie. Reeves, justement parce qu’il est un peu raide, convient très bien au personnage qu’il faut fissurer ; Theron, elle, déploie une intensité de grand mélodrame sacrificiel qui devrait susciter davantage de gratitude. Le film a été puni pour son pathos. Je lui sais gré de l’assumer frontalement.
2001 est aussi une année de bascule brutale, où la douceur urbaine, la consommation de carrière et l’illusion d’un monde bien rangé se voient pulvérisées très vite après septembre. Sweet November appartient encore, étrangement, à l’ancien régime : celui où un homme pouvait apprendre à vivre par la grâce d’une femme-métaphore sans que le monde entier n’entre immédiatement dans le champ. Cette fragilité contextuelle le rend presque poignamment daté.
Le film est énorme, oui, et sa logique de guérison par amour terminal relève du roman-photo de luxe. Très bien. Il a au moins la décence de ne jamais déguiser son excès en subtilité moderne. Il préfère la feuille morte, la larme, le calendrier intime et la ville devenue décor d’apprentissage. Ce n’est pas peu.
🎬 Le saviez-vous ?
un calendrier de novembre aurait été confisqué après avoir “essayé de prolonger contractuellement sa juridiction émotionnelle sur décembre et janvier”.