Critique
Titre original : Alexander
Alexandre
Alexandre, en 2004, fait de Colin Farrell un conquérant biographique flottant entre opéra historique, psychanalyse de la mère, fresque militaire et méditation homoérotique mal comprise. Oliver Stone y dirige aussi Angelina Jolie, Val Kilmer, Jared Leto, Rosario Dawson, Anthony Hopkins et Christopher Plummer dans un objet que beaucoup ont traité comme une faute monumentale. C’est oublier qu’un ratage monumental possède souvent plus de grandeur qu’une réussite discrète. Farrell y est pris dans une direction d’acteur si étrange qu’il finit par devenir fascinant ; Jolie, elle, mord le film comme si elle voulait lui injecter seule toute sa fièvre antique. Stone, après JFK et Nixon, tente ici de faire de l’épopée impériale un délire intime à grande échelle. L’ambition déborde. C’est très bien.
2004 est aussi l’année où les États-Unis occupent l’Irak et réactivent de vieux fantasmes impériaux, de longues routes orientales et d’exportation de puissance. Alexandre sort dans cet air saturé d’échos guerriers et impériaux. En ce sens, son excès n’est pas hors-sol ; il appartient au moment. Il essaie de filmer un grand homme comme on filme déjà, malgré soi, l’ombre des empires contemporains.
Le film ne fonctionne pas toujours, loin de là. Mais il ose des choses rares : l’instabilité du héros, le désir comme force géopolitique, la grandeur traitée comme maladie nerveuse. On devrait être plus indulgent avec des œuvres qui échouent en hauteur plutôt qu’au rez-de-chaussée. Alexandre trébuche dans les colonnes. C’est plus digne que de ne jamais y entrer.
🎬 Le saviez-vous ?
une couronne macédonienne d’appoint aurait été enfermée dans un coffre doublé de feutre après avoir “réclamé l’intégralité de la souveraineté sur l’ego du casting masculin”.