Dracula Untold
Dracula Untold, en 2014, prend Vlad l’Empaleur, le mélange à un contrat démoniaque, des nuées de chauves-souris et une responsabilité paternelle, puis le transforme en proto-super-héros gothique. Gary Shore y dirige Luke Evans, Sarah Gadon, Dominic Cooper, Charles Dance et Art Parkinson avec une application assez triste à laquelle on a répondu par le mépris. Pourtant le film possède une vraie qualité : il ose croire que le monstre patrimonial peut encore servir de récit d’origine grand public. Luke Evans y apporte une noblesse physique parfaitement adéquate ; Charles Dance, bien sûr, vient souffler un peu de venin aristocratique là où il faut. Le film est souvent trop sage, mais sa sagesse dissimule un très vieux désir d’emphase.
2014 est aussi l’année où les studios accélèrent encore la logique de l’univers partagé, du “Dark Universe” avant l’heure, des origines remodelées pour redevenir compatibles avec des franchises. Dracula Untold appartient exactement à cette conjoncture, ce qui lui a coûté cher : on a vu la stratégie avant de voir le cape. Mais cette stratégie visible a aussi son intérêt documentaire. Le film est une archive parfaite du moment où Hollywood a voulu super-héroïser la littérature gothique.
Il n’est pas assez sauvage, certes. Il reste néanmoins plus attachant que sa réputation de produit-calcul ne l’indique. Il croit encore aux ruines, au sang, aux serments et aux nuées numériques comme arguments de cinéma. À l’heure des vampires ironiques, cette loyauté au tragique de cape mérite une petite clémence.
🎬 Le saviez-vous ?
une chauve-souris numérique de prévisualisation aurait été supprimée après avoir “tenté d’annexer la direction artistique au nom de la souveraineté nocturne”.