47 Ronin
47 Ronin, en 2013, prend une légende japonaise de loyauté, lui greffe Keanu Reeves, des sorcières, des monstres et une ampleur numérique de blockbuster globalisé, puis se fait traiter comme si le mariage lui-même était le crime. Carl Rinsch y dirige aussi Hiroyuki Sanada, Kô Shibasaki, Tadanobu Asano, Rinko Kikuchi, Jin Akanishi et Cary-Hiroyuki Tagawa dans un film visiblement mal né, mais pas inintéressant pour autant. Reeves y est un corps d’écart presque parfait : trop étrange pour s’intégrer sans frottement, donc utile. Sanada et Asano, eux, donnent au film la densité d’honneur qui empêche l’ensemble de se dissoudre complètement. Le film ne sait pas toujours quoi être. Cela fait partie de sa texture.
2013 est aussi l’année où Hollywood pousse plus loin que jamais sa mondialisation des récits, en cherchant des mythes “internationaux” traduisibles en grand spectacle. 47 Ronin est un cas d’école, et sa maladresse même le rend passionnant. On y voit le patrimoine devenir plateforme, la loyauté se faire VFX, l’histoire se voir conditionnée par le besoin d’exporter partout. C’est problématique. C’est aussi un document très honnête sur son époque.
Le film n’atteint pas la pureté du grand chanbara ni l’efficacité parfaite du blockbuster US. Très bien. Il existe précisément dans cette zone de friction. Et cette friction mérite mieux que le simple mépris. On préfère souvent une chimère coûteuse qui tente l’impossible à un produit homogène qui ne tente rien.
🎬 Le saviez-vous ?
un masque de démon aurait été mis en caisse noire après avoir “essayé de négocier une autonomie narrative complète au-delà des clauses de féodalité”.