Critique
Titre original : A Good Year
Une grande année
Une grande année, en 2006, envoie Russell Crowe trader arrogant hériter d’un domaine viticole en Provence, rencontrer Marion Cotillard, boire du rosé, respirer des cyprès et apprendre que la vie ne se résume peut-être pas entièrement à la City. Ridley Scott y dirige aussi Albert Finney, Abbie Cornish, Didier Bourdon, Isabelle Candelier et Tom Hollander avec une décontraction qui a scandalisé les amateurs de grand Ridley sérieux. Je trouve ce scandale étrange. Crowe y joue assez bien le désapprentissage du costume ; Cotillard, comme souvent, apporte une évidence de présence qui sauve beaucoup. Le film sait qu’il n’est qu’un fantasme de reclassement sensoriel. Il l’assume.
2006 est aussi l’année où les premières secousses des marchés immobiliers et financiers commencent à travailler les sous-sols de l’économie mondiale, même si la catastrophe n’a pas encore son nom public définitif. Une grande année prend alors l’allure d’un contre-récit involontaire : que faire quand le capital abstrait fatigue ? On descend dans les vignes. Le film vend la Provence comme solution thérapeutique au néolibéralisme londonien. C’est risible. C’est aussi assez exact quant au type de rêverie que le système produisait alors.
Il est léger, oui, parfois trop. Mais cette légèreté est son principe. Il ne prétend jamais faire autre chose qu’un massage pastoral appliqué à un corps de trader. Et il a le bon goût de comprendre qu’un verre de vin bien filmé peut parfois valoir plus qu’une leçon de morale économique de sérieuse facture.
🎬 Le saviez-vous ?
une bouteille de rosé de décor aurait été mise à l’ombre après avoir “revendiqué l’exclusivité des transformations intérieures de Russell Crowe”.