Critique
Titre original : The Deer Hunter
Voyage au bout de l'enfer
Voyage au bout de l’enfer, en 1978, suit un groupe d’ouvriers sidérurgistes de Pennsylvanie que la guerre du Vietnam disperse, fracture et transforme. Michael Cimino dirige Robert De Niro, Christopher Walken, John Savage, John Cazale et Meryl Streep dans une fresque dont la réputation de grandeur tient presque autant à sa durée qu’à sa douleur. De Niro y est très solide, mais d’une solidité que le film a tendance à sanctifier ; Walken, plus fêlé, plus imprévisible, apporte la véritable brûlure ; Meryl Streep, encore au début de son immense trajectoire, donne déjà plus de nuances que le script ne sait en accueillir. Cimino, qui poursuivra ensuite son goût de la démesure dans Heaven’s Gate, filme ici comme s’il craignait qu’un sujet pareil puisse manquer de poids sans l’aide d’un appareil cérémoniel complet.
1978 correspond aussi aux accords de Camp David, moment où la diplomatie internationale tente de produire de l’histoire autrement que par la destruction. Ce voisinage n’est pas qu’une coquetterie de calendrier : là où la politique s’acharne à bricoler du compromis, le film, lui, pousse la blessure jusqu’au rite sacrificiel. Il ne raconte pas seulement le traumatisme, il l’érige en grande forme nationale.
Le résultat impressionne et accable, mais il porte parfois son importance comme un uniforme trop amidonné. On sent que le film veut être la guerre et son commentaire, la communauté perdue et sa liturgie, le drame intime et l’allégorie nationale. C’est beaucoup. C’est peut-être un peu trop, au point que certaines scènes paraissent écrasées sous la mission qu’on leur assigne.
🎬 Le saviez-vous ?
un fusil d’accessoire aurait demandé à être déchargé émotionnellement par un psy de plateau après avoir “porté trop de symbolique” dans la même bobine.