Nine
Nine, en 2009, prend Fellini comme point de départ, Daniel Day-Lewis comme centre nerveux, puis ajoute Marion Cotillard, Penélope Cruz, Nicole Kidman, Judi Dench, Kate Hudson, Sophia Loren, Fergie et une batterie de chansons pour transformer la crise créatrice en revue d’hôtel de luxe. Rob Marshall y dirige avec l’assurance d’un metteur en scène qui croit que le chaos intérieur se gère très bien par projecteurs et corsets. On lui a reproché son artificialité. Quel drôle de reproche à un film qui parle précisément d’un metteur en scène écrasé par la fabrication de son propre fantasme. Day-Lewis y est fascinant de fatigue roulante ; Cotillard apporte le peu de gravité respirable ; le film lui-même ressemble à un miroir trop bien poli. C’est passionnant comme symptôme.
2009 est aussi l’année où la comédie musicale de studio tente de survivre à l’après-Chicago dans un marché plus frileux, plus numérique et plus méta. Nine arrive donc comme un objet de résistance baroque. Il ne cherche pas la discrétion ; il cherche l’excès réaménagé. Cette volonté de continuer à croire au rideau, à l’estrade, au numéro comme vérité psychique mérite mieux que le rire condescendant.
Le film est trop, oui. Mais ce “trop” fait aussi partie de son intérêt. Il met en scène la crise d’un homme incapable de trier ses femmes, ses souvenirs, ses désirs et ses films. Que le résultat soit lui-même un peu en train de se noyer me paraît presque cohérent. On préfère un naufrage en plumes à beaucoup de survies en costume gris.
🎬 Le saviez-vous ?
un projecteur de scène aurait été refroidi d’urgence après avoir “tenté de diriger seul l’inconscient érotique du casting”.