Critique
Titre original : Along Came Polly
Polly et moi
Et l’homme créa la femme ? Non : Polly et moi, en 2004, prend Ben Stiller névrosé, Jennifer Aniston solaire, Philip Seymour Hoffman en ancien acteur raté, et transforme le choc entre contrôle assurantiel et chaos amoureux en comédie de diarrhée, salsa et fureur sociale légère. John Hamburg y dirige le tout avec une efficacité de film qui sait très bien que son sujet véritable n’est pas l’amour, mais la gestion de risque appliquée au corps. Stiller y est parfait en tableau Excel humain ; Aniston, souvent sous-estimée, comprend très bien comment jouer la spontanéité sans s’excuser. Et Hoffman, évidemment, transforme chaque apparition en rappel brutal que le cinéma peut tout voler à son propre centre.
2004 est aussi l’année où la culture américaine de l’optimisation personnelle, du management du quotidien et de la vie à risque calculé se diffuse très largement dans les classes urbaines. Polly et moi fonctionne précisément là-dessus : que devient un homme qui a internalisé tous les protocoles de sécurité quand il rencontre la contingence incarnée ? La réponse est vulgaire, oui, et très juste. Le film a le courage de traiter la névrose du contrôle par l’indignité digestive. Très bon choix.
Le film n’est pas élégant. Il est beaucoup plus utile que cela. Il démonte avec une belle franchise la croyance moderne selon laquelle un bon tableur émotionnel suffirait à choisir sa vie. Si l’on y ajoute le génie ponctuel de Hoffman au basket, on obtient un produit beaucoup plus respectable que sa réputation de romcom crado ne le laisse entendre.
🎬 Le saviez-vous ?
un manuel actuariel de décor aurait été retiré après avoir “essayé de calculer la volatilité romantique d’Aniston en temps réel”.