Semi-Pro
Semi-Pro, en 2008, fait de Will Ferrell propriétaire-joueur-coach-chanteur d’une équipe ABA une machine à short trop court, afro, mauvaise gestion et basket de ligue secondaire. Kent Alterman y dirige aussi Woody Harrelson, André Benjamin, Maura Tierney, Will Arnett, DeRay Davis et Andrew Daly avec une conviction si particulière que le film a dérouté ceux qui attendaient un simple greatest hits Ferrell. Or Semi-Pro est précisément meilleur quand il devient un peu triste, un peu sale, un peu trop dans son monde de losers en satin. Harrelson et André 3000 lui donnent de l’air ; Ferrell, lui, transforme l’auto-mythologie du clown en patronat dérisoire.
2008 est aussi l’année où l’on voit s’effondrer de nombreuses certitudes économiques américaines, au moment même où le sport-business continue de vendre des récits de grandeur calibrée. Semi-Pro, en revenant à une ligue marginale et brinquebalante, parle à sa manière de l’autre versant du rêve : pas les champions, mais les survivants du spectacle. Cette dimension précaire lui donne une saveur que sa réputation de simple farce a trop vite effacée.
Le film est inégal, oui. Mais son inégalité épouse son sujet. Il sent le parquet fatigué, le marketing raté, le costume trop voyant, la franchise à bout. On devrait être plus tendres avec ce type d’objet qui n’idéalise pas le sport, qui le montre aussi comme petit capitalisme de gymnase. Très beau terrain pour Ferrell, en vérité.
🎬 Le saviez-vous ?
un short en nylon orange aurait été retiré du costume truck après avoir “revendiqué la souveraineté totale sur l’esthétique de l’humiliation athlétique”.