Critique
Titre original : The Conversation
Conversation secrète
Conversation secrète, en 1974, place Gene Hackman dans la peau de Harry Caul, expert en surveillance sonore qui s’enfonce dans la paranoïa après avoir enregistré ce qu’il ne comprend qu’à moitié. Francis Ford Coppola y dirige aussi John Cazale, Allen Garfield, Cindy Williams, Frederic Forrest et Teri Garr dans un film plus sec, plus nerveux et finalement plus intéressant que sa réputation un peu scolaire ne le laisse croire. Hackman est superbe, évidemment ; c’est même le problème, car tout le monde s’accorde à le trouver superbe avant d’avoir examiné à quel point le film transforme sa solitude en grand principe abstrait. Coppola, entre Le Parrain et Le Parrain, 2e partie, réussit ici quelque chose de moins monumental ; du coup, on le traite parfois comme une parenthèse vertueuse plutôt que comme un film qui pourrait mériter une discussion moins pieuse.
L’année 1974 ne pouvait rêver meilleur voisinage : Nixon démissionne à la suite du Watergate, et les États-Unis découvrent à quel point l’écoute, la captation et la dissimulation peuvent ronger le pouvoir. Cette fois, l’histoire et le film se regardent presque droit dans les yeux. Le hic, c’est que Conversation secrète finit par paraître tellement “juste” sur son sujet qu’on oublie de lui demander davantage que cette justesse. Il devient le bon élève impeccable de la défiance technologique.
On le respecte, donc. Peut-être un peu trop. Sa froideur voulue, son art du retrait, sa rigueur sonore sont admirables ; ils peuvent aussi produire une sorte de dessèchement qui confond parfois l’inquiétude avec la privation d’air. On écoute beaucoup, on palpite modérément.
🎬 Le saviez-vous ?
un micro caché aurait été découvert dans une boîte à donuts, mais l’équipe son aurait refusé de l’enlever tant qu’il “servait encore la vérité dramatique”.