Critique

Usual Suspects

Titre original : The Usual Suspects

IMDb 8.6 / 10
Allociné 4.6 / 5
Rotten T. 89%
Critique
Affiche de Usual Suspects

Usual Suspects

Usual Suspects, en 1995, réunit Bryan Singer, Kevin Spacey, Gabriel Byrne, Chazz Palminteri, Benicio del Toro, Stephen Baldwin et Kevin Pollak autour d’un interrogatoire, d’un braquage raté et d’un mythe criminel qui ne cesse de se reconfigurer à mesure qu’il se raconte. Le film traîne derrière lui une réputation de coup de maître narratif qu’il devient presque interdit de nuancer. Pourtant, revu sans l’adrénaline de la première révélation, l’ensemble ressemble aussi à une machine conçue pour admirer son propre mécanisme. Kevin Spacey, bien avant que son jeu ne prenne l’allure d’une signature trop calculée, dose ici très intelligemment l’effacement ; Byrne apporte une lassitude plus intéressante ; Palminteri donne à l’enquête une nervosité bienvenue. Bryan Singer, qui n’a jamais cessé d’aimer les dispositifs, semble surtout fasciné par le moment où le récit vous regarde comprendre qu’il est plus malin que vous.

1995 est aussi l’année des accords de Dayton, qui mettent fin à la guerre de Bosnie sur le papier après des années d’un réel si brutal qu’il rend presque indécentes nos extases de scénario. Pendant que l’histoire contemporaine tentait péniblement d’organiser une vérité politique à coups de signatures et de compromis, Usual Suspects faisait de la manipulation narrative un jeu de piste grisant. La comparaison est évidemment disproportionnée, et c’est ce qui la rend utile : elle rappelle qu’un bon twist reste parfois un luxe de spectateur bien assis.

Le film reste efficace, élégant, très bien joué. Mais son intelligence a quelque chose d’un peu démonstratif. On sent la jubilation du piège mieux que la nécessité morale de ce qu’il raconte. En somme, on admire beaucoup le coffre-fort ; on s’attache un peu moins à ce qu’il contient.

Anecdote de tournage

🎬 Le saviez-vous ?

une ligne de dialogue barrée au stylo aurait été traitée par l’équipe comme une preuve matérielle et placée sous scellés pendant deux jours dans un gobelet à café.