Critique
Titre original : 2001: A Space Odyssey
2001 : l'odyssée de l'espace
2001 : l’Odyssée de l’espace, en 1968, promène l’humanité de l’aube préhistorique à Jupiter via un monolithe opaque, un ordinateur trop courtois et quelques astronautes à l’élocution délibérément privée d’hémoglobine. Stanley Kubrick dirige Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester et Douglas Rain avec cette souveraineté irritante qui donne envie, par pure hygiène critique, d’y résister. Dullea, acteur honnête mais jamais foudroyant, sert ici de support à une abstraction presque clinique ; Lockwood fait de même ; Douglas Rain, voix de HAL 9000, capte à lui seul plus de trouble humain que la plupart des corps à l’écran. Kubrick, après Dr. Strangelove et avant A Clockwork Orange, organise un temple visuel d’une puissance indéniable. Le problème, c’est qu’un temple reste aussi un lieu où l’on n’ose plus parler trop fort.
1968, précisément, est une année où le monde n’a pas manqué de visions ni de ruptures : offensive du Têt, Printemps de Prague, assassinat de Martin Luther King Jr., Mai 68. Face à cette histoire qui éclate partout, 2001 choisit l’autre voie, celle de la grande abstraction cosmique, du temps long et du silence. C’est admirable. C’est aussi une manière très noble d’éviter le vacarme contemporain, comme si le futur permettait de prendre de haut les convulsions du présent.
On ne contestera pas la beauté des images ni l’importance du film. Mais cette importance s’accompagne d’une révérence presque institutionnelle qui rend difficile de dire à quel point l’ensemble peut paraître glacé. Kubrick n’invite pas tant à l’émotion qu’à la capitulation esthétique. On sort impressionné, diminué, parfois vaguement puni.
🎬 Le saviez-vous ?
un os de répétition aurait été enfermé dans une boîte capitonnée après avoir été accusé d’influencer négativement la gravité morale du premier acte.