Reservoir Dogs
Reservoir Dogs, en 1992, enferme des braqueurs ratés dans un entrepôt sale, entre hémorragies, soupçons, logorrhée pop et fidélités qui s’effilochent. Quentin Tarantino y dirige Harvey Keitel, Tim Roth, Michael Madsen, Steve Buscemi, Chris Penn et Lawrence Tierney avec une énergie si décidée à paraître neuve qu’elle finit parfois par sentir l’annonce de naissance tapée en capitales. Keitel apporte une fatigue robuste qui sauve beaucoup ; Roth joue la douleur avec une conviction admirable ; Buscemi comprend la musique du film mieux que tout le monde. Tarantino, au sortir du script de True Romance et avant Pulp Fiction, fait déjà tout ce qu’on lui reprochera et tout ce qu’on admirera chez lui : citations, plaisir du dialogue, violence-spectacle, coolness méthodique.
Le calendrier n’est pas sans ironie. 1992, c’est notamment le traité de Maastricht, qui redessine l’Europe par la négociation, les institutions et les compromis. Reservoir Dogs propose l’exact inverse : une petite union de malfaiteurs qui s’effondre à cause d’un déficit absolu de confiance. L’Histoire construit une architecture ; le film observe des hommes incapables de partager plus de deux informations sans sortir une arme. Voilà au moins une comparaison qui a le mérite d’être pédagogique, même si elle n’est pas charitable.
Le film demeure tendu, incisif, vivant. Mais sa réputation de rupture fondatrice le protège parfois d’une évidence plus simple : il adore se savoir brillant. Chaque réplique semble arriver avec son propre spot. À force de jouer la spontanéité stylisée, Tarantino transforme l’imprévu en manière. C’est grisant ; c’est aussi légèrement adolescent.
🎬 Le saviez-vous ?
un costume noir de secours aurait été brièvement suspendu du plateau après avoir revendiqué des droits d’auteur sur “l’idée générale de la coolitude criminelle”.