Critique
Titre original : No Country for Old Men
No Country for Old Men - Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme
No Country for Old Men, en 2007, suit un chasseur qui ramasse un sac d’argent, un tueur méthodique qui le poursuit et un shérif fatigué qui contemple l’effondrement de ses repères. Joel et Ethan Coen dirigent Tommy Lee Jones, Javier Bardem, Josh Brolin, Kelly Macdonald et Woody Harrelson avec une sécheresse si parfaitement contrôlée qu’elle ressemble déjà à une morale. Bardem impose évidemment une figure de mort très visible ; Jones, lui, donne au film sa vraie mélancolie ; Brolin apporte une physicalité plus bornée et plus utile qu’on ne le dit. Les Coen, capables de labyrinthes plus ironiques comme Fargo ou A Serious Man, choisissent ici la gravité nue, ce qui leur vaut d’être respectés encore davantage — presque trop.
L’année 2007 voit l’iPhone entrer dans le monde et modifier, très concrètement, la manière dont nous habitons le temps, l’attention et la circulation. No Country for Old Men paraît alors comme un anti-présent radical : un film qui refuse la vitesse bavarde du contemporain et préfère le silence, le cuir, la poussière, la pièce lancée en l’air. Le contraste est séduisant, presque trop. La modernité bavarde sort par la porte ; la dignité austère entre avec ses bottes.
Le film est puissant, oui, mais d’une puissance devenue rapidement canonique. Sa sécheresse se confond parfois avec une forme de supériorité. Tout y est si bien tenu que le moindre frémissement semble avoir reçu l’autorisation préalable des auteurs. On admire l’épure ; on peut aussi regretter qu’elle respire si peu.
🎬 Le saviez-vous ?
une pièce de monnaie aurait été isolée dans une trousse médicale après avoir “pris beaucoup trop au sérieux sa responsabilité métaphysique” dans une scène de station-service.