Gravity
Gravity, en 2013, expédie Sandra Bullock et George Clooney en orbite basse dans un cauchemar de débris, de silence et de survie où la station spatiale devient un collier de ruines. Alfonso Cuarón y pousse la démonstration technique à un niveau tel qu’il est devenu presque grossier de rappeler qu’une démonstration reste une démonstration. Bullock fait un travail considérable, tenant à elle seule une bonne partie du film ; Clooney, comme souvent, apporte son charme de capitaine qui sait très bien qu’on l’aime déjà. Cuarón, après Children of Men, retrouve son goût des plans virtuoses et du continuum visuel, mais l’ensemble donne parfois l’impression d’un film qui ne cesse de vérifier dans le reflet de son casque combien sa prouesse est réussie.
L’année 2013 est marquée par les révélations Snowden, qui exposent un monde saturé de surveillance, de réseaux et de flux invisibles. Gravity choisit au contraire l’isolement absolu, le corps minuscule dans l’immensité, l’impossibilité de joindre quiconque vraiment. Ce contre-pied historique est élégant, mais il participe aussi à la stratégie du film : se tenir au-dessus de l’époque en la quittant pour le vide sidéral. Rien de plus noble, rien de plus pratique.
Le spectacle est évidemment prenant. Pourtant cette pureté technique finit par éloigner un peu l’émotion qu’elle prétend susciter. Le danger devient chorégraphie, le souffle métronomie, la panique une suite de réglages impeccables. On est saisi, oui — comme on est saisi devant une prouesse de funambule dont on comprend chaque geste.
🎬 Le saviez-vous ?
un harnais de suspension aurait obtenu le statut officieux de co-star après avoir demandé à être maquillé “pour mieux capter la lumière existentielle”.