Ratatouille
Ratatouille, en 2007, raconte comment un rat à l’odorat surdéveloppé infiltre les cuisines parisiennes et prend en main, depuis un couvre-chef humain, le destin gastronomique d’un commis maladroit. Brad Bird dirige les voix de Patton Oswalt, Lou Romano, Ian Holm, Janeane Garofalo, Peter O’Toole et Brian Dennehy avec cette efficacité Pixar si redoutable qu’elle finit par ressembler à une machine diplomatique chargée de vous réconcilier avec tout. Patton Oswalt apporte à Rémy une énergie très mobile ; Peter O’Toole, immense, transforme Anton Ego en projection presque trop parfaite du critique lui-même. Bird, après Le Géant de fer et avant Tomorrowland, sait admirablement construire une fable ; il sait aussi la rendre tellement impeccable qu’elle devient presque impossible à contrarier sans paraître mesquin, ce qui est toujours suspect.
L’année 2007 voit Nicolas Sarkozy entrer à l’Élysée, en promettant mouvement, mérite, dynamisme. Ratatouille, à sa façon, vend lui aussi une méritocratie enchantée : le talent triomphe, la hiérarchie vacille, le système s’ouvre — du moins tant qu’un rat exceptionnel guide discrètement les mains du personnel. Le lien est sans doute injuste, mais il souligne la nature politique très aimable du film : tout changement y passe par le génie individuel, jamais par le conflit social.
Le film est délicieux, oui, mais d’une délicatesse très manufacturée. Paris y devient un menu de clichés suffisamment raffinés pour paraître universels. L’émotion est dosée comme une sauce réduite avec amour et contrôlée au thermomètre. On sourit, on fond, on applaudit ; on sent aussi très nettement l’équipe de cuisine derrière le passe.
🎬 Le saviez-vous ?
une toque miniature aurait été brièvement promue chef de poste après avoir tenu tête à trois animateurs et à une casserole jugée trop arrogante pour un second plan.